DécryptageEt enquête sur les “moulins à diplômes”

L’argent fait-il le bonheur? Peut-être pas, mais il peut faire du bien à votre carrière !

 

Depuis quelques années, il existe un phénomène international portant sur la création de fausses écoles ouvertes par des sociétés frauduleuses. Ces dernières ont pour vocation la vente de diplômes sans valeurs et de s’approprier un crédit normalement réservé aux  grandes écoles.

En effet, Comme nous l’avions évoqué dans un article précédent,  il peut être « simple » d’acheter un diplôme d’Harvard, de la Sorbonne ou bien d’autres grandes écoles du monde en un clic en ligne, ici nous allons traiter d’un phénomène bien différent: les faux établissements scolaires.

Everycheck a mené l’enquête à ce sujet qui est, selon nous, une provocation aux valeurs des institutions des études supérieures et un outrageux moyen de se jouer des recruteurs et/ou des institutions.

Définition et origines

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Ce concept, né aux États-Unis s’appelle les “diploma mills” – traduit “moulin à diplômes” en français. Le fonctionnement est simple: Il vous suffit de vous rendre sur le site de la fausse école, de choisir votre diplôme, de payer et 30 jours plus tard, vous recevez votre sésame à votre domicile.

30 jours d’attente face à 7 ans d’études… le raccourci peut être tentant.

Nombreux sont concernés par cette supercherie, aux États-unis certaines “universités” ont choisi pour des raisons financières, de vendre des diplômes aux étudiants en échange de leurs frais d’inscription. Parfois, sous l’apparence de vraies écoles, avec de vrais élèves mais un « diplôme » est délivré sans obligation de se rendre en cours.

Dans des cas plus radicaux, ce ne sont que de simples boîtes aux lettres et une personne est disponible pour répondre au téléphone et confirmer l’obtention du diplôme. Prenons pour exemple L’American Central University créée en 2004 dans le Wyoming qui est en réalité le fruit d’un malaisien qui gère son business de Malaisie.

2000 cas dans le monde, dont plus de 1000 aux Etats-Unis et 600 en Europe.

Ces “entreprises” sont des écoles non accréditées. Évidemment, sur leurs sites il est écrit qu’elles sont “autorisées”, “licenciées” “internationalement acceptées”  afin de tromper le visiteur mais ces écoles sont tout simplement fantaisistes: sans programme, sans cours et comme indiqué plus haut parfois sans locaux. La société britannique Verifile recense près de 2000 cas dans le monde, dont plus de 1000 aux Etats-Unis et 600 en Europe.

diploma-mill2Vous l’aurez compris, ce concept est complètement illégal. Vous avez donc deux types de diplômes, ceux des écoles totalement fausses, qui ne demandent que votre numéro de carte bancaire et un nom à poser sur le papier. D’autres qui ont tout de même fait un minimum d’effort et demandent une sorte de thèse ou une dissertation avant de valider l’obtention du “diplôme”.

Aux Etats-Unis un service de police spécifique existe

Aux Etats-Unis, cette pratique est extrêmement répandue. Les écoles sont difficiles à mettre aux arrêts pour la police car ils utilisent des boîtes postales ou bien se localisent à différentes adresses. D’autres sont directement virtuelles et se présentent sous la forme  d’écoles en ligne, qui proposent des “cours à distance”. Ce service possède ses méthodes de reconnaissance rapide d’un faux diplôme:

  • Si l’école est localisée à une adresse privée,
  • Si l’école n’est pas accréditée par le CHEA (Council for Higher Education Accreditation) qui est l’équivalent du rectorat de l’Education Nationale,
  • Si les termes utilisés sur le diplôme sont trop extravagants “Autorisation internationale” etc.

En France, les cas sont plus rares et le système n’est pas exactement le même. La France est surtout touchée par des fraudes de falsifications de documents. Selon le Ciep (Centre International d’Études Pédagogique), il existe des techniques pour reconnaître les faux, mais hélas une majorité passe encore entre les mailles du filet.

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Concernant les “Diploma Mills”, il existe également des signes distinctifs récurrents:  

  • Les faussaires nomment leurs fausses écoles  de manière à ressembler le plus possible aux noms de vrais établissements scolaires.
  • Celles-ci n’ont aucune adresse physique mais un site Internet, sur lequel vous pouvez trouver dès la page d’accueil un logo « BITCOIN », “VISA” ou “PAYPAL”.
  • Les intitulés utilisés pour les faux diplômes n’existent pas, souvent parce que les candidats peuvent choisir leur propre intitulé.

La France n’est pas en reste

Evidemment, sur le site, aucune expérience n’est demandée et tout se fait en ligne, c’est une simple transaction de e-commerce confidentielle.

Certaines vraies écoles françaises ont participé à la vente de faux diplômes. En 2009, à l’Université de Toulon, des étudiants chinois avaient pu se procurer des diplômes à distance. En 2013, c’était à l’Université Lyon-2, un enseignant avait fait un accord avec un groupe d’étudiants Antillais qui n’étaient jamais venus en métropole et leur avait distribué des diplômes en Communication. Heureusement, les cas restent rares et la majeure partie de cette malversation se réalise essentiellement en ligne.

En 2008, le site Rue89.com révélait l’existence d’une prétendue école nommée “Robert de Sorbon” créée par un Franco-Américain: Jean-Noël Prade.

La proximité avec La Sorbonne peut évidemment porter à confusion.

Sur le site de cette étrange université, nous retrouvons toutes les informations d’une page d’accueil classique: mot du doyen, livre d’or des anciens élèves et bien sûr l’onglet: “Nos diplômes”, dans lequel vous pouvez choisir votre cursus, comme bon vous semble.

 

Une simple visite sur le site vous permettra de remarquer les absurdités par vous même: Le site est en français et en anglais sur la même page, la mise en page est inexistante, les phrases contiennent des polices et des tailles de polices différentes. 

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Sur le site, vous trouverez aussi l’acronyme VAE (Validation des acquis de l’expérience). Titre qui existe réellement en France – qui vous permet de matérialiser dans un diplôme vos années d’expérience dans un secteur. L’obtention de ce sésame n’est pas trivial, elle compte de nombreuses démarches administratives, des années d’attente et parfois des tests à réaliser. Les faussaires galvaudent donc ce titre qui est normalement signe de rigueur et de courage…

Ici la procédure est un peu différente: Vous payez une première fois 50€, vous envoyez votre CV, attendez l’accord d’un faux jury, vous payez à nouveau, mais 500€ cette fois, vous attendez 30 jours et c’est fait, vous êtes diplômé d’une école imaginaire.

Le site de l’École Supérieure Robert de Sorbon existe toujours bien que Jean-Noël Prade fut condamné à 15 000€ d’amende et n’exerce plus dans ce domaine.

Rassurez vous, pour le moment, il n’y aurait que 5 écoles dites “moulin à diplômes” en France. Le Centre national de la certification professionnelle se charge de ces dossiers et les range dans un classeur dit “Arnaques”.

Quelques Chiffres:

  • 2000 cas recensés dans le monde. Plus de 1000 aux Etats-Unis et 600 en Europe.
  • Entre 6 et 7 milliards de dollars ont été dépensés par 300.000 “étudiants” indiens.
  • En mai 2015,  210 moulins à diplômes en Chine étaient répertoriés.
  • A Hong Kong, l’usage de faux diplôme est condamné à 14 ans d’emprisonnement.
  • Sur le site GetEducated, les Etats Unis répertorient plus de 300 diploma mills et un simulateur permet de vérifier si l’école est bien accréditée par le Ministère de l’Education.
  • Wikipédia référencie plus de 200 institutions non accréditées.

Déjà dans les années 1980, le FBI avait lancé une opération “DipScam” et 12,000 personnes étaients diplômées d’une fausse école (médecins, avocats etc.). Cette enquête a démontré que l’industrie du faux diplôme pouvait rapporter jusqu’à 500 millions de dollars par an. Malheureusement, l’évolution d’Internet et des nouvelles technologies n’a fait qu’accroître le phénomène.

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Quelques exemples célèbres

Certains cas dangereux ont été découverts en Europe. Certaines personnes se font appeler Docteur alors qu’ils n’ont aucune qualification dans le domaine de la médecine.

  • C’est le cas de Mme Gillian McKeith au Royaume-Uni qui utilise son statut de “Docteur
    nutritionniste
    ” pour vendre des produits à la télévision tels que des
    livres sur les régimes alimentaires.  Elle a fait fortune grâce à ses apparitions à la télévision, ses livres, la vente de poudres “mystérieuses” et est présente sur les murs des supermarchés bio. M. Ben Goldacre, véritable physicien anglais critique les dires de cette fausse nutritionnisteen contredisant ses thèses sur les bienfaits de la chlorophylle.
  • En Australie, Jeffrey Dummet, un médecin diplômé par une fausse école au Sri Lanka est à l’origine de la mort d’un homme de 37 ans. Ses fausses méthodes ont fait perdre 11 kg à son patient en 10 jours et ont causées sa mort.
  • En Angleterre, le célèbre Dr. John Gray auteur du best seller mondial Les Hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, honoré aussi d’un moulin à diplômes appelé Columbia Pacific Universityaux Etats Unis.
  • En France  le cas le plus célèbre étant celui de d’Alexis Debat. Il aurait été diplômé de l’Université d’Edenvale, qui s’avère être une fausse école en ligne. Ce dernier a trompé tout le système journalistique américain en rédigeant de fausses interviews, notamment avec Bill & Hillary Clinton. Il fut employé comme spécialiste du terrorisme et des questions de sécurité nationale pour le Nixon Center et par ABC News en tant que directeur des programmes pendant 6 ans avant de finalement démissionner lorsque les doutes sur son CV sont apparus. Il prétendait notamment avoir soutenu une thèse à la Sorbonne et avoir été employé du Ministère de la Défense en France ce qui, vous l’aurez compris, est complètement faux!

Comme nous l’avons dit précédemment, aujourd’hui, le pouvoir d’Internet permet de faire tout et n’importe quoi, et souvent n’importe quoi. L’obtention d’un faux diplôme coûte peu cher et tout le monde peut y avoir accès. Nous invitons nos lecteurs à la prudence dans leurs processus de recrutements afin de ne pas tomber dans des pièges parfois complexes. Un original de diplôme ne suffit plus, il est primordiale de s’assurer du sérieux et de la légitimité de l’établissement émetteur. De plus, même si l’établissement est en règle, il est important de les contacter avant toutes prises de décisions car il est également très simple d’acquérir un faux diplôme en ligne.

En établissant une liste noire des établissements frauduleux, Everycheck monte la garde pour ses clients et s’engage depuis sa création à protéger les valeurs institutionnelles en contrôlant: Les faux diplômes, les fausses expériences et ce afin que nos clients recrutent mieux.

Article de Sarah Zibi Pour everycheck.com
Décembre 2016

 

 

Mise à jour 28 Juin 2018 :

Rectification et excuses à la suite d’un droit de réponse de l’université Robert de Sorbon

L’école supérieure Robert de Sorbon estime « n’avoir jamais été un moulin à diplôme », mais un établissement supérieur privé légal et régi par le titre III du Livre VII du Code de l’Education de la République Française.

La procédure VAE qu’elle applique n’est soumise pour les établissements privés à aucune condition. L’institution a choisi une période plus courte de contrôle et jugement par des jurys qualifiés dans le domaine – avec un taux de réussite de 89.9%.

Le logo Bitcoin n’est plus présent sur le site.

L’expression « faux jury » constitue de la « pure diffamation » – les jurys étant composés de professeurs d’université docteurs diplômés.

Il ne suffit pas d’envoyer le CV mais une « Copie certifiée conforme de diplôme obtenu, certificat de travail et autres documents justificatifs mentionnant le poste, la qualification et la durée de l’emploi avec description des responsabilités. »

Les frais de jury sont de 550 euros et de 60 jours.

Les jurys dénient 10.1% des dossiers présentés.

 

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